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Le monde croît de 3,1 %. Taïwan de 10,7 %. La France de 0,4 %.
Ces chiffres, publiés hier par le FMI, racontent deux mondes.
🌍 Le premier se construit
Les pays émergents avancent vite : l’Inde est attendue à 7 %. Et l’intelligence artificielle accélère le mouvement : elle a porté près de la moitié de la croissance du commerce mondial en trois ans. Il y a sans doute une part d’emballement, et le FMI lui-même met en garde contre un retournement brutal. Mais la bulle Internet a éclaté, et Internet est resté. C’est bien un monde d’innovation et de création.
📉 Le second se finit
La France y est la lanterne rouge des grandes économies de la zone euro, et la revue de presse ne parle plus que de déficit, de chaos, de faillite. Les Français redoutent, à juste titre, l’appauvrissement et l’austérité. La cause est connue : une France qui dépense plus qu’elle ne produit, retraites comprises, et qui comble l’écart par la dette. Une dette désormais hors de contrôle, qui ne mène qu’à une issue : la faillite d’une nation devenue un guichet, où l’on retire plus que ce que l’on y dépose.
🔗 Reconnecter les deux mondes
Une nation n’est pas une entreprise. Mais les entreprises qui ont su se réinventer nous apprennent quelque chose. Confrontées à l’obsolescence de leur modèle, elles n’ont retrouvé une croissance durable qu’en repartant de leur identité profonde, et surtout en saisissant les grandes mutations de leur époque comme autant de chances plutôt que de menaces.
Pour la France, c’est cela, reconnecter les deux mondes : jeter un pont vers ce monde qui se construit sous nos yeux, pour y prendre notre part, dans la croissance mondiale comme dans celle que porte l’IA, et retrouver ainsi notre propre croissance. C’est un choix qui redonne un espoir et une perspective, bref, un projet, au sens fort d’un mot trop galvaudé.
Comment y parvenir ? En donnant la priorité à la création et à la production, en faisant autrement que ce que nous faisons depuis quarante ans, et en restant fidèles à nos valeurs, au point d’en faire notre différence. Au fond, quitte à caricaturer un peu :
👉 PASSER D’UNE NATION GUICHET À UNE NATION CRÉATION
1️⃣ L’IA pour alléger l’État
L’IA n’est qu’un outil. Elle ne donnera sa pleine mesure que si elle sert à repenser l’organisation de l’État : supprimer les doublons, faire reculer la bureaucratie, et réduire massivement les frais généraux. Les frais généraux, pas les forces opérationnelles : c’est la machine administrative qui doit maigrir, pas les effectifs de gendarmes, de magistrats ou d’infirmières. Avec les très nombreux départs à la retraite de fonctionnaires des prochaines années, cette transformation peut se faire sans aucun plan social. Et moins de bureaucratie, c’est aussi un meilleur service public.
2️⃣ L’IA qui produit
Reconnaissons-le : la bataille de l’IA grand public est perdue, du moins aujourd’hui, car demain d’autres innovations pourront rebattre les cartes. C’est une bataille de domination, menée par les Américains et les Chinois, où les impacts sociaux et environnementaux comptent peu. Mais une bataille perdue n’est pas la guerre perdue. En stratégie, face à la domination, il faut se différencier. Nous pouvons le faire en nous spécialisant dans l’industrie, la science, la robotisation, à condition d’être performants. Et nous pouvons nous distinguer en prenant bien mieux en compte les conséquences de l’IA sur l’environnement, l’emploi, la liberté. C’est ainsi que nous créons de la productivité, une richesse partagée et une source de financement pour notre modèle social.
3️⃣ Retrouver notre avantage énergétique
Pas d’IA ni d’industrie sans une énergie abondante, décarbonée et compétitive. Le FMI le rappelle : l’économie mondiale est aujourd’hui tiraillée entre le boom de l’IA et la flambée des prix de l’énergie. Or la France dispose d’un atout que peu de pays possèdent : son électricité nucléaire. Retrouver notre autonomie énergétique, et en refaire un avantage concurrentiel, c’est la condition de tout le reste.
4️⃣ Refaire marcher l’économie sur deux jambes
La start-up nation était nécessaire, mais elle n’a pas résolu le problème de la production. Notre économie avance mal, et sur une seule jambe. L’IA permet de la remettre en marche sur les deux.
La première jambe est technologique : la deep tech et l’industrie. Elle apporte la compétitivité et la valeur ajoutée, mais crée relativement peu d’emplois. Elle repose aussi sur nos PME et nos ETI, trop souvent oubliées, et freinées dans leur développement par le financement de notre modèle social.
La seconde jambe est celle des usages : les services, que l’IA peut transformer. Ce sont eux qui portent l’emploi, avec plus de 20 millions d’emplois sur 30 millions en France. Ancrés dans les territoires, avec une agriculture modernisée et adaptée, ils sont la jambe la plus oubliée, et pourtant la plus décisive pour l’emploi.
5️⃣ Faire des Français les actionnaires du nouveau monde
Aujourd’hui, à travers l’assurance-vie, une large part de leur épargne finance l’ancien monde, à commencer par la dette publique. Or la valeur se déplace vers la machine, vers le capital algorithmique. Il faut donc orienter cette épargne vers le monde qui se construit, et faire des Français, en particulier des générations qui viennent, les actionnaires de ce nouveau monde. C’est la meilleure façon d’en être pleinement partie prenante, et d’en partager les fruits. Les Français seront alors rémunérés par leur capital autant que par leur travail.
6️⃣ Revaloriser le travail : émancipation, dignité, excellence
Nous parlons sans cesse de la durée du travail, presque jamais de son intérêt. C’est pourtant là que tout se joue. Pour les plus qualifiés, la révolution technologique est d’abord une chance d’émancipation : plus d’autonomie, plus de responsabilités, un travail plus riche. Pour les classes moyennes et populaires, c’est d’abord la possibilité de retrouver un bon emploi, notamment dans les services, et la dignité qui va avec, plutôt que de dépendre du chômage ou des revenus sociaux. Les deux jambes de l’économie y répondent : la première ouvre surtout la voie à l’émancipation, la seconde surtout au plein-emploi, sans que la frontière soit étanche. Avec un même fil conducteur, la recherche de l’excellence : un travail plus intéressant, plus productif, et donc mieux payé.
⚖️ Se redresser par nous-mêmes
Ce que les créanciers de la France attendent, c’est une stratégie. Reconnecter les deux mondes en est une : moderniser l’État pour en réduire le coût, et desserrer la contrainte du déficit et de la dette en retrouvant le chemin de la croissance.
Ne pas les reconnecter, c’est faire de la réduction du déficit une fin en soi. Avec un double risque : que le courage politique manque pour la conduire, et qu’elle nous soit alors imposée de l’extérieur, par le FMI, la BCE ou d’autres institutions. Le redressement serait bien plus douloureux pour les Français, et surtout bien plus handicapant pour retrouver la croissance.
Nicolas Baverez le rappelait hier dans Le Club Le Figaro International : c’est toute la différence entre la Suède et la Grèce. Au début des années 1990, la Suède en crise s’est réformée elle-même, et elle en est sortie plus forte. La Grèce, placée sous tutelle, a perdu un quart de son PIB, et une décennie.
La France n’est plus un pays riche. En se reconnectant au nouveau monde, en passant d’une nation guichet à une nation création, elle peut le redevenir. C’est cette perspective qui peut rendre les efforts acceptables, et acceptés.
La nation guichet subit son redressement. La nation création le choisit.
Reste une question : qui aura le courage de reconnecter ces deux mondes dans cette campagne présidentielle ?
