−0,1 %. C'est la croissance de la France au troisième trimestre, publiée le 30 octobre par l'Insee. Après −0,2 % au premier trimestre et 0 % au deuxième, la France est à l'arrêt.
Avant même la dissolution de 2024, qui a plongé le pays dans un blocage institutionnel et politique, Xavier Fontanet utilisait une image juste : le jockey est devenu trop lourd. Le cheval ne galope plus, il avance au pas.
📉 La fin d'un monde : la nation guichet
Depuis quarante ans, la France privilégie la consommation à crédit sur la production.
L'explosion de la dette publique est la mesure de cette préférence. Le modèle social imaginé après-guerre, qui fut notre fierté et a porté les Trente Glorieuses, est devenu un immense guichet que nous ne savons plus financer. Enfermés dans une logique de redistribution poussée à l'extrême, nous ne pensons plus l'avenir que comme un partage de la pénurie entre générations.
Le débat sans fin sur les retraites en est le symbole : une réforme démographiquement et économiquement nécessaire, mais qui ne fera jamais, à elle seule, un projet de société.
Et comment ne pas voir dans les manifestations actuelles l'angoisse d'un avenir que nous ne savons plus formuler en termes d'espoir ?
🌍 Un Nouveau Monde de création : pays émergents et révolution technologique
Dans un précédent article, je parlais de deux mondes à reconnecter.
Car pendant que l'un s'essouffle, un autre se construit sous nos yeux, porté par les pays émergents et par une révolution technologique dont l'intelligence artificielle est le fer de lance. Ce nouveau monde promet des gains de productivité considérables.
Il ouvre surtout un immense champ de création : de nouveaux produits, de nouveaux services, de nouvelles façons de produire, de soigner, d'apprendre, de travailler.
Comme tout progrès, il porte aussi ses risques. L'intelligence artificielle menace des emplois, concentre le pouvoir entre quelques mains, consomme une énergie considérable et peut fragiliser nos démocraties, notamment par l'essor des cyberattaques contre les États et les entreprises.
Ces gains de productivité ne deviendront une véritable richesse, partagée, que si nous savons prendre en compte les conséquences sociales, environnementales et démocratiques du progrès technologique.
C'est un choix de société.
⚔️ Face aux stratégies de domination, choisir nos batailles et les mener autrement
Dans la compétition technologique mondiale, les États-Unis et la Chine privilégient des stratégies de puissance et de domination, où les conséquences sociales, écologiques et démocratiques risquent de passer au second plan.
Face à une stratégie de domination, tout dirigeant le sait, il n'existe qu'une réponse : la différenciation. Imiter les géants, c'est perdre à coup sûr.
Choisir nos batailles, c'est concentrer nos forces là où nous pouvons être compétitifs. Les mener autrement, c'est construire notre différence : par l'excellence technologique, la souveraineté, mais aussi par notre capacité à transformer les angles morts des puissances dominantes en nouveaux territoires de création.
Ce n'est pas une utopie.
Penser différemment, créer souverainement, humaniser, embellir : c'est dans notre ADN. Diluée dans la mondialisation et corsetée par des directives européennes, notre capacité créative est un atout historique que nous avons cessé de voir comme tel.
C'est pourtant la meilleure réponse à nos impasses actuelles : financer notre modèle social, retrouver le plein emploi, réindustrialiser le pays.
Accroître la richesse collective plutôt que nous opposer sur sa répartition.
🇫🇷 La voie française : plus inventive, plus équilibrée, plus désirable
C'est d'abord une voie plus inventive et souveraine.
Des manufactures de Colbert au TGV, au Rafale et au programme nucléaire gaullien, et demain une intelligence artificielle indépendante au service de l'État, de l'industrie et de la science.
C'est ensuite une voie plus équilibrée et sociale. Reconquérir notre avantage nucléaire, développer une industrie verte, accélérer la montée en gamme de notre agriculture, revaloriser le travail et son intérêt, réinventer les services (20 millions d'emplois), démocratiser l'accès au capital et à ses fruits.
C'est enfin une voie plus désirable. De Versailles à Haussmann, l'art de vivre, la gastronomie, la culture, le luxe : la célébration du beau face à un monde aplani par la consommation.
💡 Un changement de paradigme : libérer et responsabiliser plutôt que légiférer
Cette nouvelle voie exige un profond changement de paradigme, en France comme en Europe.
Face à chaque défi, nous avons pris l'habitude de répondre par la loi, la norme et la subvention : nous prescrivons au lieu de responsabiliser, nous contrôlons au lieu de faire confiance, nous fuyons le risque au lieu de l'assumer. La transition écologique en est l'exemple le plus frappant. Ce n'est pas la prise en compte de la planète qui est en cause, c'est la méthode. Une conception maximaliste de la transition écologique, qui légifère et normalise à outrance et fixe à la fois les objectifs et les moyens d'y parvenir, pèse sur l’adaptation de notre industrie automobile face à la concurrence chinoise.
Fixons les objectifs et les contraintes, puis libérons le talent de nos ingénieurs, de nos techniciens, de nos entrepreneurs et de nos créatifs pour inventer les solutions aux défis techniques, sociaux et environnementaux qui viennent.
Cette liberté de créer vaut pour l'industrie, mais aussi pour les services, et pour tous les métiers que la technologie va transformer.
🏛️ Réinventer l'État avec l'IA : notre premier grand projet, une vitrine pour le monde
Avec des dépenses publiques représentant 57 % du PIB, il n'y aura pas de réinvention de notre modèle sans une transformation profonde de l'État et de l'ensemble de la sphère publique.
Avant de réduire les prestations, commençons par réinventer la machine qui les administre. L'enjeu n'est pas seulement de dépenser moins, mais de dépenser mieux, pour libérer les ressources nécessaires aux investissements d'avenir.
L'intelligence artificielle offre une opportunité formidable, à condition de l'utiliser pour simplifier, supprimer les doublons et fluidifier la relation avec les usagers.
Conduite comme un grand projet mobilisateur, cette transformation peut devenir une vitrine de la France dans le monde. Notre-Dame l'a montré : rebâtie en cinq ans sous le regard du monde entier, grâce à un projet fédérateur, une gouvernance exceptionnelle, des responsabilités claires et un cadre législatif adapté pour lever certains obstacles réglementaires.
L'État jacobin, symbole du régalien, peut devenir le symbole d'un État moderne, frugal et stratège.
⚖️ La promesse de l'abondance, le défi de la mobilisation
Parler d'abondance quand des millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté peut sembler paradoxal.
La loi d'Amara aide à le comprendre : nous surestimons les effets d'une technologie à court terme, mais nous les sous-estimons singulièrement à long terme. Ce fut le cas d'Internet : la bulle a éclaté, mais Internet a transformé le monde.
Toute transition est pourtant difficile. Nous connaissons l'ancien monde, nous ignorons le nouveau : c'est là que naît la résistance au changement.
Le grand défi est de réussir la transition entre les deux mondes.
Faire comprendre que la nation guichet est à bout de souffle, sans remettre en cause notre ambition sociale.
Dessiner un avenir désirable, plutôt que d'imposer de nouveaux sacrifices.
Faire de chaque Français un acteur de cette réinvention, plutôt qu'un spectateur inquiet du changement.
👉 De la nation guichet à la nation créatrice
Si nous continuons à faire ce que nous faisons depuis quarante ans, notre futur ressemblera à notre passé, probablement en pire.
Une autre voie est possible : devenir acteurs de ce nouveau monde plutôt que de le subir.
C'est le cap qui nous manque, et peut-être le projet qui peut réconcilier les Français. C'est ce que j'appelle créer la richesse autrement.
C'est aussi le titre du livre dont ces réflexions sont issues : Créer la richesse autrement. Comment réinventer le modèle français à l'heure de l'IA (Décryptage Éditions), en librairie le 12 novembre. J'y trace un chemin concret, de l'État aux entreprises, des ordonnances aux lois de programmation. Il est déjà en précommande [https://www.fnac.com/a23305896/Michel-Gesquiere-La-grande-mutation-de-la-valeur ].
Et je serai heureux d'en débattre avec vous.
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