« This time is different » est une formule qui précède souvent la formation des bulles, comme celle d’internet en 2000 et des subprimes en 2008. L'économie américaine est en surchauffe. C'est aujourd'hui l'investiture de Donald Trump. Sommes-nous devant une bulle de la tech américaine ?
La tech américaine atteint des niveaux de valorisation record.
👉 Le bitcoin vaut plus de 100 000 euros, + 400% en 2 ans.
Elle est de 17 500 milliards de dollars. L’équivalent de six fois la richesse de la France. Ou cinq fois celle de l’Allemagne.
Elles valent en bourse 17 500 milliards de dollars. Six fois la richesse de la France. Cinq fois celle de l’Allemagne.
La valorisation des « Sept Magnifiques » a explosé de 74% en 2023.
Elle est passée de 6 900 milliards de dollars à 12 000 milliards début 2024 ; et encore de 46% en 2024 pour atteindre 17 500 milliards en ce début d’année 2025.
Nvidia, leader des semi-conducteurs pour l'intelligence artificielle a vu sa capitalisation boursière augmenter (+143%) d'environ 2 000 milliards de dollars en 2024, la portant à plus de 3 380 milliards de dollars.
Tesla, le constructeur de véhicules électriques, dirigée par Elon Musk, affiche une capitalisation boursière actuelle d'environ 1 180 milliards de dollars en augmentation de 89%.
Apple dépasse les 3 600 milliards de dollars de capitalisation boursière ; Microsoft les 3 100, Alphabet les 2 300.
Amazon, le leader du e-commerce a une valorisation de 2 300 milliards de dollars en augmentation de 45%.
👉 L’indice S&P 500 regroupe les 500 plus puissantes entreprises américaines.
Les Sept Magnifiques pèsent un tiers de cet indice.
Sans les Sept Magnifiques, l’indice S&P 500 aurait augmenté de 11%[1].
👉 Les valorisations pourraient continuer à croitre en 2025 mais à un rythme deux fois inférieurs : + 25% sur les actions technologiques ; +10% pour l’indice S&P 500[2].
Avec ou sans progression des indices en 2025, les valorisations actuelles anticipent une croissance considérable et continue de la tech américaine portée par des innovations majeures : l’IA, le passage à l’électrique, l’essor du e-commerce.
Au moment où Donald Trump est investi Président, les “Sept Magnifiques” semblent invincibles.
Mais l’histoire nous enseigne que les géants peuvent trébucher.
👉 Le financier Howard Marks[3] observe que seulement six des entreprises mondiales qui figuraient dans le top 20 en 2000 sont dans le top 20 en 2024.
Sommes-nous dans la formation d’une bulle de la tech américaine ?
Les révolutions industrielles et la formation des bulles
🛑 En 1795 explosait la bulle spéculative des « canaux » (Canal Mania) qui précède l’Âge d’or britannique avec l’essor des filatures de coton, du tissage.
🛑 En 1848 explose la bulle spéculative des « chemins de fer » qui précède l’ère victorienne et le déploiement de l’industrie.
🛑 La crise financière de 1890 précède la Belle Époque et la naissance des industries automobile, de l’électricité, du téléphone. Suivi de la crise financière de 1929.
🛑 En 2000 explose la bulle internet.
🛑 En 2008 celle des subprimes.
L’économiste Carlota Perez[4] a modélisé ce phénomène.
Il y a une croyance qu’à chaque rupture nous vivons une période différente de celle du passé qui rend caduque les cycles traditionnels classiques.
👉 Les économistes Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff l’ont documenté dans This Time is Different: Eight Centuries of Financial Folly (2009).
C’est le cas aujourd’hui avec l’intelligence artificielle.
Que nous dit l’observation des ratios cours/bénéfices (P/E) ?
Mais les ratios de la tech américaine atteignent des sommets. Et singulièrement ceux des Sept Magnifiques.
Apple présente un P/E de 24, légèrement inférieur à celui de l'indice S&P 500, qui est de 25.
Ces niveaux sont inférieurs à ceux observés lors de la bulle Internet de la fin des années 1990, où les P/E avaient atteint des sommets bien plus élevés.
Mais il y a une autre grande différence.
👉 Elles disposent de quantité de cash considérable. Renforcé par des positions quasi monopolistiques et une réduction de l'intensité concurrentiel.
Pour autant, il y a un excès d’optimisme à court terme.
Le phénomène est connu.
Par enthousiasme médiatique. Par attrait des gains financiers.
C’est la loi d’Amara.
Roy Amara était le cofondateur de l’Institute for the Future à Palo Alto dans la Silicon Valley. Il collabora au célèbre Stanford Research Institute (SRI). Il a donné son nom à cette loi sur les effets différés de la technologie.
L'intelligence artificielle (IA) ne devrait pas déroger à cette règle.
📈 On veut se convaincre que les prix des actions ne sont pas trop élevés.
🎯 On craint de passer à côté de l'opportunité d’investissement « du siècle » dans la technologie du futur. 👉 En anglais, le "Fear of missing out" (FOMO).
🚀 On a une foi aveugle dans « cette période est différente ». Et dans l'invincibilité des leaders.
Le contexte est favorable à une euphorie boursière.
❌ Les valorisations très élevées de la tech américaine ;
❌ Un excès d’optimisme à court terme amplifié par l’effet Trump/Musk ;
❌ Le constat historique que chaque révolution industrielle génère une bulle.
✅ Les valorisations actuelles sont encore loin de celles de la bulle internet ;
✅ Les Sept Magnifiques semblent invincibles avec une position quasi monopolistique ;
✅ La tech américaine génère des quantités de cash considérables.
La situation actuelle pourrait se dénouer de deux façons[6].
👉 Soit par l'explosion d'une bulle, sous l'effet d’une amplification de la surchauffe actuelle. Et déclenchée par un événement et à un moment qu’il est impossible de prévoir.
👉 Soit, en l'absence de correction brutale, par l’entrée dans une période de faible rendement[7] sur les marchés financiers ; les cours d'aujourd'hui anticipant déjà les fortes croissances de demain.
Photo de Jordan Madrid sur Unsplash
[1] Sur les 25% de croissance de l’indice, 57% (poids de 30% appliqué à 46% de croissance) est lié aux Sept Magnifiques et 43% aux autres entreprises (poids de 70% appliqué à 11% de croissance).
[2] L’équipe de gestion de fortune de Goldman Sachs[2] prévoit un rendement de 14% de cet indice en 2025 avec une probabilité de 25% ; et un rendement de 8% avec une probabilité de 60%. Les actions technologiques américaines continueraient à progresser mais à un rythme plus réduit ; 25% en 2025 versus 46% en 2024.
[3] Howard Marks, OakTree, On Bublle Watch, Janvier 2025.
[4] Carlota Perez, Technological Revolution and Financial Capital, The Dynamics of Bubbles and Golden Ages, Edward Elgar, 2002.
[5] Howard Marks, OakTree, On Bublle Watch, Janvier 2025.
[6] En lisant et en croisant le point de vue des grands financiers qui ont la légitimité de stratégie d’investissement réussie sur de longue période,
[7] Goldman Sachs, in Les Échos, Octobre 2024.