En médecine, l’indice de masse corporelle (IMC) mesure l’état de forme physique à partir de la taille et du poids. Par analogie, en balayant 4 quadrants, l’IMC du dirigeant mesure l’état de forme stratégique de son entreprise. Le premier des 4 quadrants est celui d'une mondialisation plus éclatée. Un nouveau défi pour les PME/ETI.
L'IMC aide les dirigeants à s’aligner avec leur environnement en détectant des angles morts de leur stratégie dans 4 quadrants :
1. La nouvelle mondialisation
2. La transition écologique et la lutte contre le réchauffement climatique
3. La révolution de l’intelligence artificielle et du numérique
4. Les nouvelles aspirations sociétales et les nouveaux modes de consommation
Dans chacun de ces quadrants, plus celui de la gouvernance d’entreprise, l’IMC permet au dirigeant de s’auto-évaluer. En renseignant un modèle.
Nous traitons dans cet article le premier quadrant, celui de la mondialisation.
La mondialisation n'est pas finie. On ne reviendra ni sur la circulation des capitaux, ni sur internet et les échanges électroniques d’informations. Mais elle va muter profondément. Sous une forme plus éclatée et fragmentée.
C'est une inflexion, voire une rupture. Après la chute du mur de Berlin, le monde a connu trente ans de relative stabilité et de libre-échange.
La géopolitique repasse devant l’économie.
Plusieurs événements se conjuguent pour provoquer cette mutation.
💡 La pandémie de COVID-19 nous a fait prendre conscience de notre dépendance vis-à-vis de biens essentiels comme les principes actifs des médicaments, les microprocesseurs, les équipements médicaux.
💡 Le 20e congrès chinois renforce le pouvoir politique du Parti communiste sur l’économie et la géopolitique : priorité aux exportations, politique de subventions, restriction des importations ; pression croissante sur Taiwan et en mer de Chine.
💡 La guerre de la Russie en Ukraine rapproche la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord. Et d'autres pays non alignés, regroupés sur le vocable de Sud global. Dans un affrontement hybride, la guerre exacerbe la compétition dans l’énergie, l’alimentation, la technologie, la santé. Elle modifie les conditions d'approvisionnement en énergie fossile et renchérit son prix. Elle accroit les contrôles sur le « libre échange » entre les régimes autoritaires et les démocraties[2]. Elle incite les nations européennes à augmenter leur budget de défense.
💡 La guerre de Gaza s’étend aux alliés de l’Iran, le Hezbollah et les Houtis du Yemen provoquant des actions de blocage du trafic maritime en mer rouge.
💡 Les classes moyennes dépossédées des États désindustrialisées des États-Unis poussent les politiques à amorcer un virage protectionniste en favorisant la production locale et en taxant les importations.
Au total, la mondialisation mute sous une forme plus fragmentée avec un accroissement des risques géopolitiques et des tensions internationales.
💡 La croissance mondiale devrait ralentir. Depuis plus de 30 ans, la mondialisation a permis aux entreprises ouvertes sur l’international d’accéder à des marchés en croissance, notamment dans les pays émergents, en Asie et en Chine. Les accords de libre-échange ont favorisé la croissance. La donne a changé. L’économie mondiale va continuer à se développer. Mais les contraintes géopolitiques, la montée des protectionnistes, le développement de position monopolistique, la réduction de la concurrence vont peser sur le rythme de la croissance mondiale.
💡 Les marchés émergents changent. Le potentiel de croissance en Chine se réduit, au moins à court terme. D'autres marchés comme l'Inde ou le sud-est asiatique deviennent plus attractifs avec un potentiel de croissance plus important pour les entreprises françaises et européennes. Les marchés à potentiel de croissance se déplacent.
💡 L’exigence de souveraineté se manifeste à nouveau. Un mouvement de relocalisation se développe. Un potentiel de réindustrialisation prend forme dans les limites des avantages de compétitivité, et notamment du coût de l’énergie.
💡 La sécurité l’emporte sur la seule optimisation des chaînes de valeur. Les flux trop tendus sont un risque de rupture de stock, de perte de chiffre d’affaires et de réputation. D’où un nouvel impératif : réduire les dépendances avec des matières premières rares, des composants stratégiques et/ou des zones géographique qui présentent des risques géopolitiques trop importants. Et reconstituer des stocks pour se prémunir des ruptures.
💡 L’approvisionnement et coût de l'énergie fossile sont toujours plus critiques, comme le montre les conséquences pour l’Allemagne et l’Europe de ses contrats passés de fourniture de gaz Russe.
La nouvelle mondialisation questionne les dirigeants pour saisir les opportunités et contrer les menaces :
💡 Quelle est votre exposition à des marchés qui subissent un mouvement de protectionnisme ?
💡 Quels sont vos nouveaux marchés émergents ?
💡 Quelles sont vos opportunités de relocalisation d'activité compatibles avec les exigences de compétitivité et vos sources d’avantage concurrentiel ?
💡 Quelles sont vos dépendances aux chaînes d’approvisionnement globales et aux ressources critiques ?
💡 Quelle est votre dépendance à l’inflation des coûts énergétiques ?
C’est dans l’ADN des dirigeants de s’adapter en continue à l’évolution de leur environnement.
La mondialisation mute et entre dans une nouvelle ère.
C’est un moment favorable pour se réinventer dans un modèle plus productif, durable, équitable.
En réussissant le tour de force de croitre dans une économie sans croissance.
En se posant les bonnes questions et en identifiant les angles morts de la stratégie, l'IMC est une modeste mais réelle contribution pour aider les dirigeants et leurs équipes à relever le défi.
https://ethika.notion.site/imc-du-dirigeant
https://ethika.notion.site/imc-digital
Photo de Jordan Madrid sur Unsplash
[1] L’IMC du Dirigeant a été conçu par deux anciens cadres dirigeant d’IBM, Didier Barbé et Michel Gesquière, qui ont mis à profit leur expérience des technologies, de la création de la valeur, de la gouvernance d’entreprise dans un environnement international.
[2] Nicolas Baverez, Démocraties contre régimes autoritaires, Éditions de l’Observatoire, 2023 ; Nicolas Baverez, Sursaut, Éditions de l’Observatoire, 2024.